Portraits de femmes : Colette, Kristin et Emilie se livrent en quelques questions

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Portraits de femmes : Colette, Kristin et Emilie se livrent en quelques questions

Qu’elles soient agricultrices, restauratrices, éleveuses, toutes ont un point commun : leur engagement ! Découvrons ce mois-ci plusieurs parcours de femmes adhérentes à la démarche Mangeons Local en Île-de-France. Ces femmes, le plus souvent guidées par leurs convictions, ont su s’imposer dans le paysage alimentaire de la Région grâce à leur savoir-faire et leur volonté.  Portraits de femmes.

 

Colette RAPP - Les confitures RE-Belle

Quel est votre parcours ?
Après avoir obtenu mon diplôme à l'ESC Rennes School of Business, j’ai souhaité que mon emploi ait un impact envers les publics en précarité. J’ai alors découvert les Structures d'Insertion par l'Activité Economique (SIAE) qui permettent de résoudre un besoin social pressant tout en étant économiquement viable. L’entrepreneuriat social est alors devenu mon objectif.
J'ai travaillé au sein de l'antenne Sequano Dionnysienne de la Fondation Agir Contre l'Exclusion. Ma mission consistait à accompagner des demandeurs d'emploi dans la découverte du monde de l'entreprise. Adeline Girard a rejoint le projet en septembre 2016, après un an en tant que chargé de développement au sein de la SIAE BALUCHON, passionnée par la création d’entreprise sociale et engagée pour l’alimentation durable et la réduction du gaspillage alimentaire.

D’où vient l’idée de confiture anti-gaspi ?
J'ai été membre du collectif Disco Soupe, association qui sensibilise au gaspillage alimentaire en organisant des sessions de cuisine participative sur l'espace publique avec des invendus. En voyant la quantité et qualité des invendus, je décide de créer la marque de confiture RE-BELLE. Les fruits invendus sont collectés chez les commerçants et ils sont ainsi revalorisés. Cela a également permis de créer des emplois locaux.

Quel a été le fil conducteur de votre carrière ? La source de votre motivation ?
Au début, je percevais les événements organisés par Disco Soupe comme un outil créant du lien entre les quartiers de Seine-Saint-Denis. Je me suis ensuite confrontée aux enjeux du gaspillage, mais aussi au système de production alimentaire et à son impact sur l’environnement. L’ensemble m’a motivé à agir pour la création de modèles respectueux de la nature et de l’homme.


Avez-vous rencontré plus d’obstacle en étant femme et entrepreneuse ?
La difficulté rencontrée est avant tout un obstacle très personnel lié à la confiance en soi et la peur de ne pas avoir l'air suffisamment crédible.

Quelles sont, d’après vous, les qualités que doit posséder un entrepreneur pour réussir ?
La persévérance, une bonne vision dans son projet sont nécessaires pour réussir. Mais il faut également être capable d’aller à l'essentiel, de s'entourer et de pousser des portes. C’est notamment grâce à ces qualités que les confitures Re-belle ont été lauréates en 2016 du Concours Régional de l'Innovation Alimentaire, organisé par le CERVIA, dans la catégorie concept.

 

Kristin FREDERICK – Le Camion qui fume

Quel est votre parcours ?
J’ai fait des études aux Etats-Unis dans différents domaines. Dans le marketing dans un premier temps, puis dans la finance. Tout au long de mes études, je travaillais les soirs dans des restaurants. C’est comme cela que j’ai pu découvrir cet univers, et c’est ce qui m’a ensuite décidé de me lancer dans cette voie. J’ai recherché les meilleures écoles au monde pour apprendre à cuisiner. Après plusieurs entretiens, j’ai décidé de suivre les cours chez Ferrandi. Me voilà arrivée à Paris ! Après cette formation, je me suis tournée vers la restauration en food truck, en 2011, car selon moi elle confère un moment familial et convivial.

Quels sont les atouts qui ont fait votre réussite ?
Ma réussite est surtout due à un bon timing ! Je suis arrivée avec mon food truck au moment où les français ont décidé que l’on pouvait manger un plat bon, pas cher et local, sans avoir besoin de se rendre au restaurant. Le food truck permet également un service plus rapide et un gain de temps lors de la pause déjeuner.

Est-il difficile d’être une entrepreneuse dans la restauration ?
Il est difficile d’être une femme dans un monde d’hommes mais il est encore plus difficile d’être une patronne ! Les hommes ne sont pas habitués à cela.

Des projets à venir ?
Je participe régulièrement à des événements à Paris et en Île-de-France. Pour le moment, je ne prévois pas d’ouvrir un autre food truck, je préfère entièrement me consacrer aux quatre food trucks déjà présents dans les rues parisiennes et aussi à mon restaurant.

 

 

Emilie ARTUS, Francilianes

Depuis quand voulez-vous être agricultrice?
Lorsque j’étais enfant je ne savais pas quel métier faire mais j’étais certaine d’une chose : j’aurais une grande ferme avec plein d’animaux.

Comment vous êtes-vous formé ?
Dès le début de mes études, je me suis tournée vers le domaine agricole. J’ai tout d’abord fait un BEP Agricole (CPA PA PC), puis j’ai continué avec un Baccalauréat Technologique Agricole (STAV P) pour terminer mes études par un BTS Agricole (ACSE).

Pourquoi vous êtes-vous tournée vers l’élevage bio d'ânesses laitières ?
L’ensemble de mes études m’a conforté dans mon métier d’aujourd’hui. J’ai décidé de faire du bio à la fin de mon BEP, puis je me suis prise de passion pour le lait de juments lors de mon BAC. Enfin, j’ai rencontré les ânes lors de mon BTS. Cela a été une révélation pour moi. J’aime les chevaux mais je suis amoureuse des ânes ! En Île-de-France, je suis la seule vendeuse de  lait d’ânesse bio.

On associe souvent le métier agricole à un métier d’homme, est-ce plus difficile de s’imposer ?
Le métier agricole est associé à un métier d’homme. Certes, je mets plus de temps qu’eux pour réaliser certaines tâches de mon quotidien, mais l’important est que j’y arrive par moi-même ou avec l’aide de mes proches. Cela forme le respect, dans un premier temps de mes proches, puis de mes clients, et peu à peu des professionnels qui m’entourent (vétérinaire, maréchal, voisins….). Les ânes et moi avons un lien spécifique. Ils ont besoin à la fois de douceur et de fermeté que je sais leur donner en tant que femme. C’est pourquoi ils me respectent, me suivent et marchent dans mon sens.

Pouvez-vous nous décrire une journée type ?
Je n’ai pas de journée type car la plupart des activités sont saisonnières. Nous commençons chaque journée avec nos animaux car il faut les abreuver et les nourrir. Ensuite, les activités sont diversifiées : vérification des naissances à venir, gestion de la reproduction, réparation de clôtures, soins des ânes, accueil du public pour notre ferme pédagogique, traite des ânesses, surgélation de notre lait, ouverture deux fois par semaine du magasin, préparation des foires et marchés…

Et si vous pouviez nous décrire un moment privilégié ?
Les naissances sont les événements qui me touchent à chaque fois. Même après 29 naissances au sein de ma ferme, je ne me lasse pas de ces instants uniques.  Ce moment procure une double émotion. C’est à la fois stressant et difficile physiquement et moralement, mais finalement tellement magnifique ! Chaque naissance à son lot de surprises : l’ânon sera-t-il un mâle ou une femelle ? Un grand ou un petit ? De la couleur du papa ou de la maman ? Quel sera son caractère ?

Il y a trois mois j’ai vécu un autre moment touchant, une ânesse que j’ai moi-même vu naitre a fait à son tour une petite femelle, et je me suis revue cinq ans en arrière.