La protection biologique intégrée mise sur la biodiversité

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La protection biologique intégrée mise sur la biodiversité

Plus respectueuse de l’environnement, la protection biologique intégrée utilise les mécanismes de la nature pour réguler les populations de ravageurs.

Les ennemis naturels des ravageurs

La Protection Biologique Intégrée (PBI) utilise des organismes vivants pour lutter contre les animaux et insectes qui ravagent les cultures agricoles. Ces organismes, appelés auxiliaires (insectes, acariens, bactéries, champignons, …) s’attaquent aux ravageurs en les mangeant, les parasitant ou les désorientant selon les cas. Pour exemple, Bernard Oudard, exploitant des Vergers de Molien en Seine-et-Marne, pulvérise de l’argile sur les feuilles de ses arbres fruitiers au printemps : « C’est un excellent leurre contre les pucerons qui ne pondent que sur du végétal. Ils confondent le feuillage argileux avec le sol et donc, ne se reproduisent pas sur nos arbres. »

Favoriser la biodiversité pour lutter plus naturellement    

Le but de la lutte chimique est d’éradiquer les nuisibles. Mais elle peut entraîner des phénomènes de résistance chez certaines espèces de ravageurs. Pourtant, plus l’écosystème est riche d’espèces animales et végétales différentes, plus il peut se réguler de manière autonome, maintenant naturellement un équilibre entre auxiliaires et ravageurs.

Avec la Protection Biologique Intégrée, l’impact sur l’environnement est moindre et la qualité de production maitrisée, sans traitements inutiles. « On fait sans cesse des paris sur la nature. Il faut bien localiser les zones infectées, choisir l’auxiliaire approprié tant en fonction du nuisible que de l’importance de sa population, prendre en compte la météo… » Confie Bernard Oudard. Cette lutte contre les ravageurs est soumise à de nombreux aléas. Si la Protection Biologique Intégrée utilise les procédures fiables de l’agriculture biologique, elle s’autorise, en cas de forte nécessité, une lutte chimique ponctuelle qui préserve la faune inoffensive : ce mode de production n’est donc pas 100% bio, mais permet au producteur de préserver sa production et d’en maintenir la qualité.

A l’origine de la Protection Biologique Intégrée

Aujourd’hui en Île-de-France la majorité des arboriculteurs fruitiers utilisent la Protection Biologique Intégrée. Pour Bernard Oudard cela s’est imposé très tôt comme une évidence. « Notre exploitation est spécialisée dans les arbres fruitiers depuis 1830. Alors que dans les années 60-70 la lutte chimique était partout, nous souhaitions continuer à utiliser notre savoir-faire traditionnel et minimiser notre impact sur la terre qui nous fait vivre depuis des générations. » Avec une poignée de précurseurs, il s’attache à favoriser le développement naturel des insectes auxiliaires sur ses arbres fruitiers dès le début des années 70, près de 10 ans avant que ces techniques ne soient autorisées en France. « C’est un travail de longue haleine, basé sur l’observation et la patience. A chaque fois que nous éliminions un traitement chimique, de nouveaux ravageurs apparaissaient. Nous devions sans cesse rééquilibrer la biodiversité en observant son évolution » explique Bernard Oudard. « Nous avons fondé une sorte de club éthique, le COVAPI, pour partager nos expériences et développer ce qu’on appelle aujourd’hui la Production Fruitière Intégrée. »

Et demain ?

Les essais de lutte en Protection Biologique Intégrée prennent du temps, chaque changement dans la biodiversité devant se rééquilibrer saison après saison. « Nous sommes des soigneurs, mais nous avons besoin d’aide pour utiliser des processus naturels efficaces. Nous souhaiterions que la recherche scientifique en matière de PBI s’intensifie et que les dispositifs législatifs prennent mieux en compte cette alternative naturelle » regrette Bernard Oudard.

Suite au Grenelle de l’environnement, le plan Ecophyto 2018 qui vise à réduire de 50% l’utilisation des pesticides et engrais chimiques devrait permettre, espérons-le, de simplifier l’accès et l’utilisation des produits naturels préservant les cultures.